Elle se trouvait toujours plus intelligente quand elle était en colère.
Aujourd’hui par exemple, elle fulmine, des larmes acides lui collent les
paupières, les gonflent. Sa voix plus rauque s’étouffe du moindre courant d’air.
Elle mute, elle vire loup garou et s’en fout.
Elle cible, vise, affûte ses pointes, se met en mode survie, va à l’essentiel.
Elle mesure.
Elle mesure l’étriqué, le radin, son chiche, sa vue courte.
Elle mesure sa sphère, sa terre qui tourne quand même, comme si de
rien n’était.
Le rêve, la poésie, la langueur, la béance, ne sont plus que faux fastes,
troubles de largesses, expensions inutiles, prétentions extravagantes.
D’ailleurs, elle ne dit plus “poésie”, elle dit “économie libidinale”, elle ne dit plus
“rêve”, elle dit “pognon”, elle ne dit plus “tient” elle dit “crève”.
Elle ne dit plus rien.
Arrive un silence.
Un silence sec, épais comme un retrait, une castration, une chose perdue.
Cette chose perdue qu’à peine perdue on cherche éperdument.
L’éperdument de la chose.




